Au mois de novembre j’ai dévoré le livre de Thich Nhat Hanh intitulé « Le pouvoir de l’enfant intérieur » qui est au carrefour du bouddhisme, de la pleine conscience et de la psychologie. J’ai toujours adoré cet auteur car il livre de manière simple et fluide des concepts difficiles à comprendre et à expliquer. L’ouvrage est petit et regorge de pépites. J’ai donc noté les passages qui me semblaient importants et qui m’aident aujourd’hui dans mon évolution. Plutôt que de faire un résumé de cet ouvrage et d’en livrer une compréhension personnelle, je vous partager mes notes afin que vous puissiez méditer dessus et peut-être vous donner envie de le lire à votre tour.

Bonne lecture !

La psychologie bouddhique distingue deux types de conscience : la conscience mentale qui est notre conscience active (ce que la psychologie occidentale nomme « conscient » et la conscience du tréfonds (conscience de l’arrière-plan ou « inconscient ») qui est la base de notre conscience.

Les formations mentales comme la colère, la tristesse ou la joie demeurent dans la conscience du tréfonds sous forme de graines (« biens » en sanskrit). Chacun de nous porte en elle des graines de colère, de désespoir, de discrimination, de peur, mais nous avons aussi des graines de pleine conscience, de compassion, de compréhension. La psychologie bouddhique fait état de cinquante et une graines qui peuvent se manifester sous la forme de cinquante et une formations mentales.

Notre pratique est fondée sur la vision profonde de la non-dualité : ne voyons donc pas la colère comme un ennemi. C’est ainsi que l’énergie de colère peut être reconnue et tendrement enveloppée par l’énergie de pleine conscience.

C’est grâce à ces deux énergies que nous pourrons nous libérer des afflictions. A l’instar du corps physique, notre conscience peut elle aussi souffrir d’une mauvaise circulation.

Après avoir été étreinte par la pleine conscience pendant un certain temps, une émotion forte pourra regagner la cave à l’état de graine, plus faible qu’avant.

Les trois fonctions de la pleine conscience :

  • reconnaître et non de combattre
  • entourer notre enfant intérieur de toute notre tendresse
  • soulager nos émotions difficiles.

Avec la pratique de la méditation, nous pouvons encore percevoir le cordon ombilical qui nous relie à notre maman. Les cordons ombilicaux nous relient aux autres choses, aux personnes, au soleil, … il existe une infinie de cordons.

Nous sommes le prolongement de notre mère. En réalité, nous sommes la continuation de notre mère, notre père, tout comme celle de nos ancêtres. Par exemple, l’épis de maïs et sa semence ne sont pas deux entités distinctes, l’un est la continuation de l’autre.

Aucune personne ne peut exister uniquement par elle-même, nous « inter-sommes » en lien avec tous et tout.

En prononçant le mot « feuille » nous devons être conscients qu’une feuille est constituée d’éléments « non-feuille ». Nous ne sommes ni identiques, ni séparés des autres êtres vivants ou inanimés. Nous sommes en lien avec tout, et toute chose est pleinement vivante.

Nous transmettons nos pensées, nos paroles et nos actions – c’est à dire notre karma – à nos enfants et au monde entier, et c’est là qu’est notre véritable avenir. Tout ce que nous produisons nous appartient et constitue notre continuation.

En posant le pied dans l’herbe verte du printemps, nous marchons de façon à ce que nos ancêtres puissent faire un pas avec nous. A chacun de nos pas, nous sentons que ce pas est celui de tous les êtres du passé et du futur. Nous souffrons parce que nous sommes prisonniers de l’idée d’un soi séparé.

Notre peur est née en même temps que nous. Cette peur originelle est toujours assortie d’un désir, le désir originel. Il y a d’une part, le désir d’être abandonné, et d’autre part, le désir de survivre. Et tous deux nous habitent encore aujourd’hui, à l’âge adulte.

Peur et désir ont les mêmes racines et c’est parce que nous craignons tous de mourir que nous éprouvons du désir. Et c’est précisément parce que nous n’avons pas identifié le désir de notre enfant intérieur que notre désir actuel est impossible à satisfaire. Il est essentiel d’être conscient que l’enfant intérieur est toujours là, prisonnier du passé.

Parlons lui simplement : « cher petit frère, petite sœur, je tiens à ce que tu saches que nous avons grandi. Aujourd’hui, nous sommes tous deux parfaitement capables de nous protéger et de nous défendre par nous-mêmes ».

L’attention inappropriée nous éloigne de l’instant présent, en nous prolongeant dans un lieu d’ancienne souffrance. Nous devons reconnaître que notre ancienne souffrance est une image et non la réalité.

La compréhension et la compassion prennent naissance dans la souffrance. Nous devons apprendre à notre mental que la souffrance peut être bénéfique.

Les 5 remémorations (concept bouddhiste) :

  • Il est dans ma nature de vieillir. Je ne peux échapper à la vieillesse.
  • Il est dans ma nature d’être malade. Je ne peux échapper à la maladie.
  • Il est dans ma nature de mourir. Je ne peux échapper à la mort.
  • Tout ce qui m’est cher et tous ceux que j’aime, j’en serai séparé un jour. Je ne peux échapper au fait d’être un jour séparé d’eux. Je ne peux rien garder. Je suis venu ici les mains vides et je repartirai les mains vides.
  • J’hérite du fruit des actions de mon corps, de mes paroles, de mes pensées. C’est la seule chose que je puisse emmener avec moi-même.

La pratique des 5 remémorations permet de faire circuler la graine de la peur, car la peur constitue un véritable terreau propice à la colère. Si nous examinons régulièrement la graine de la peur, nous serons mieux préparés à prendre soin de notre colère, qui prend naissance en son sein.

Quand je marche en pleine conscience : chacun de mes pas devient le but en soi. Il n’existe plus de distinction entre la fin et les moyens. Il n’y a pas de chemin vers le bonheur, le bonheur est le chemin. Il n’existe pas de chemin vers l’éveil, l’éveil et le chemin.

Nous avons l’habitude de dire que la pluie tombe. Cette expression est plutôt amusante car, si la pluie ne tombe pas, ce n’est pas de la pluie. La pluie est donc la chute elle-même. C’est tout à fait pareil pour la marche.

Le Bouddha nous conseille de générer des sensations de joie et de bonheur, dans le but de nous nourrir, avant de prendre soin de nos sensations douloureuses. La joie et le bonheur sont de nature impermanente, ils ont donc besoin d’être nourris pour durer plus longtemps.

Cette joie et ce bonheur ont la capacité de nous nourrir, voire de nous guérir, mais à eux seuls ils ne sont pas assez forts pour transformer la profonde souffrance enfouie au fond de notre conscience. La première source de joie et de bonheur est le lâcher prise. Cependant, si nous nous limitons à cela, notre joie resterait superficielle et de courte durée. C’est ainsi que grâce à la pleine conscience, nous disposons d’une deuxième source de bonheur.

En plein désert, l’oasis qui se trouve devant nous, nous procure de la joie, et ce à quoi nous goûtons dans cette oasis nous apporte le bonheur.

Transformer la souffrance :

  • Arroser nos graines de bonheur
  • Cultiver la pleine conscience en permanence.
  • Inviter les afflictions à monter dans notre conscience mentale en allumant notre lampe de pleine conscience.

Beaucoup d’entre nous restent prisonniers du monde des images alors qu’en réalité ce ne sont que des images ; elles ne correspondent plus à la réalité d’aujourd’hui.

Nous craignons la souffrance, à cause de la présence de manas, cette partie de notre conscience située entre la conscience des tréfonds et la conscience mentale, dont la caractéristique est de nous pousser à rechercher constamment le plaisir, évitant à tout prix la souffrance.

Les 6 caractéristiques de manas :

  • Toujours s’intéresser à la recherche du plaisir
  • Tenter d’éviter la souffrance
  • Ignorer les dangers de cette recherche du plaisir
  • Ignorer les bienfaits de la souffrance alors que la souffrance est le chemin
  • Ignorer la loin de modération
  • Chercher constamment à obtenir, s’approprier et posséder tout ce dont il a envie, mais si nous considérons la vie sous l’angle de l’inter-être, nous comprenons qu’il n’y a rien à posséder.

Le mal-être et le bien-être existent l’un dans l’autre. C’est précisément là où se trouve le mal-être que nous pourrons entrer en contact avec le bien-être.

Transformer la souffrance ne veut pas dire la « combattre » ni se « débarrasser » d’elle. Il s’agit tout simplement de la baigner dans la lumière de notre pleine conscience.

L’enfant de 5 ans qui se trouve dans chacun d’entre nous, a besoin de beaucoup de compassion et de toute notre attention. L’enfant qui sommeille en nous est en fait bien plus que nous. Nous avons, parents et enfants, la possibilité de pratiquer ensemble et de guérir l’enfant blessé qui vit encore en nous et en nos enfants. Nous ne formons pas deux entités totalement distinctes, mais nous ne sommes pas véritablement un non plus. L’un influence l’autre.

Nous avons les moyens de nous protéger. Viens avec moi et vivons de ce que nous offre le présent. Ne laisse plus le passé nous emprisonner. Viens, prends ma main, marchons ensemble et savourons chacun de nos pas. Nous devons inviter le petit enfant qui sommeille en nous, à nous accompagner pour jouer dans le cours du moment présent.

L’amour n’est pas seulement l’intention d’aimer : c’est aussi la capacité d’alléger la douleur et offrir paix et bonheur. Se réconcilier signifie avant toute chose parvenir à la transformation en nous-mêmes, de façon à ce que la paix puisse être rétablie.

Rien ne nous empêche de prendre un nouveau départ et de faire bien mieux l’année prochaine, mais pourquoi pas tout de suite. Nous savons que la paix commence par nous-mêmes mais nous ne savons pas toujours comment nous y prendre. Mais avec la pleine conscience, la compréhension peut pénétrer notre cœur, laissant lors jaillir le nectar de la compassion.

La souffrance est faite de malentendus, de colère, de haine et d’ignorance. Nous devons élargir notre perception, et utiliser notre concentration et notre vision profonde pour discerner à quel point les personnes autour de nous souffrent en raison de leur façon de penser, de leur manière d’agir ou de parler.

Je conclurai avec cette phrase car elle me rappelle pourquoi j’ai choisi le métier de thérapeute  : « Notre désir profond est de transformer notre propre souffrance et de nous en libérer afin d’aider de nombreuses personnes à transformer la leur ».

 

Agathe