Témoignage : 13 11 15

Cela fait quelques jours que je ressens le besoin d’écrire. L’émotion vive des premiers jours a fait place à une quantité de sentiments contradictoires : incompréhension, tristesse, désarroi, insécurité, peur, colère mais aussi espoir, foi, amour, altruisme, détermination.

Nous avons tous été touchés par les événements de ce terrible vendredi 13 novembre 2015. Certains plus que d’autres mais notre cœur à tous a eu mal et gardera la cicatrice de cette nuit là.

Je venais de terminer ma journée de formation à République dans mon école de sophrologie et j’étais rentrée chez moi. Heureuse de tout ce que j’avais appris et déterminée à réviser mes cours malgré la fatigue. Je me sentais joyeuse ce soir là car tout ce que j’apprends est passionnant.

Être Sophrologue, c’est exercer une profession tournée vers l’humain et qui a pour but de venir en aide aux autres, dans la découverte d’eux-mêmes, la résolution de conflits intérieurs, la recherche d’une performance ou l’accompagnement face à la maladie. Un métier où l’on est centré sur l’autre.

Vers 22h, je remarque une notification de l’Huffington Post sur mon téléphone et je commence à râler car je pensais avoir supprimé ces alertes. En regardant de plus près je vois qu’il est question d’une fusillade dans Paris. Ma première réaction est de me dire « encore des personnes qui font n’importe quoi ». Puis je lis « 18 morts » puis, « il y a eu une attaque au Petit Cambodge ». Ce restaurant je le connais par cœur. J’y suis déjà allée une bonne quinzaine de fois et j’adore y emmener des amis ainsi que ma sœur. Ma sœur… elle devait y aller ce soir là. Je prends mon téléphone en tremblant. L’attente est la plus longue de ma vie. Finalement elle décroche. Je lui demande si elle est au Petit Cambodge mais non, une migraine lui a fait changer ses plans et elle n’est finalement pas allée dans Paris.

Je respire. Mais je pense alors aux autres et je me rue vers la télévision. Là, je découvre l’horreur… Celle que l’on ne souhaite jamais connaître. Celle où on se dit « non ce n’est pas possible ». Celle qui ne fait que grossir avec les heures qui passent.

Je partage cela avec vous car ces événements ont fait irruption dans notre vie, d’une manière ou d’une autre : victime, proche de victime, derrière son écran de télévision, dans Paris ou en province, peut importe.

Une vie pour moi, qui était programmée autour de sujets très quotidiens et faite de projets : changer de travail, venir en aide aux autres, réfléchir à un monde meilleur, se construire une belle vie…

Cette nuit est venue tout changer. Comment faire comme si de rien n’était et continuer à réfléchir comme avant ? Mon plan de route est devenu totalement différent. Ma façon d’appréhender les choses aussi.

J’ai mille questions qui me taraudent depuis : comment intégrer ces changements dans ma vie et rebondir ? Comment continuer à faire ce que j’aime avec cette nouvelle donne ? Comment arriver à me mettre sur le qui-vive là où j’ai envie de me laisser porter ? Quid de mon avenir ? Comment allons-nous faire, chacun à notre mesure pour continuer à vivre et avancer ?

J’ai peur. Pour moi un peu, mais surtout pour les autres. Ma famille et mes amis. Les gens que j’aime et qui sont tout pour moi. Et j’ai aussi peur de ma peur. Peur de découvrir qui je suis réellement face à un moment de panique ou d’attaque. Quand je suis dans le métro ou en train de boire un verre dans un café, je me demande maintenant comment je réagirais si des hommes débarquaient pour tuer. Est-ce que je serais égoïste et ne penserais qu’à sauver ma peau en courant ? Est-ce que je protégerai les autres ? Est-ce que je serais capable de courir tout simplement ?

Ce sont toutes ces questions qui m’angoissent. Plus que la peur de mourir j’ai peur de ma réaction et de me sentir lâche dans ces moments là.

Pourtant, je ne peux pas le savoir ni lutter contre ma possible réaction. Je ne peux pas lutter contre les terroristes. Je ne peux pas changer ce qui s’est passé. Je ne peux pas me rassurer complètement ni rassurer les gens autour de moi et dire que ça va aller maintenant.

Parce que tout a changé. Oui, tout. On ne pourra plus vraiment vivre comme avant. La vie va reprendre ses droits mais dans un coin de notre esprit, ces événements resteront à jamais gravés.

Je reste cependant persuadée qu’il faut que chacun continue dans les projets qu’il avait avant ce 13 novembre. La vie va devoir se faire autrement mais dans autrement il y a la possibilité d’un avenir. Et cet avenir il nous appartient et nous avons de la maîtrise sur certaines choses.

Certaines personnes seront dans une lutte frontale comme les forces de police et l’armée, et d’autres lutteront dans l’ombre. Je ferai partie de ces personnes. Je me dois, vis à vis des victimes et de ceux qui restent, de garder le cap. Et ce cas je l’ai choisi il y a des mois déjà. C’est celui de l’espoir, du positif, de la pleine conscience, du partage, de la lutte pour rendre les gens meilleurs et soutenir son prochain.

Alors oui, je vais me relever mais je vais prendre le temps. Je ne veux pas aller trop vite pour intégrer tous les paramètres nécessaires.

Je vais continuer ma formation, continuer à croire que le mental est le plus fort et que nous avons la possibilité de changer. L’être humain est plein de ressources. Et certaines ne se trouvent que dans ces moments-là. Ceux qui nous bousculent. Ceux qui nous font du mal.

Je vous envoie à tous beaucoup de force pour les jours à venir.

Agathe

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